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Variations d’un patronyme, de Gruchet à Vaulbert de Chantilly

Variations d’un patronyme, de Gruchet à Vaulbert de Chantilly

Dans l’article précédent, je vous parlais de mes recherches pour identifier le père de mon arrière arrière grand-père paternel Stanislas ONÉZIME. Ma conclusion provisoire était que mon arrière arrière arrière grand-père (AAAGP) paternel était probablement Joseph Stanislas VAULBERT de CHANTILLY (1843-1895).  En remontant cette lignée, on rencontre un phénomène connu des généalogistes réunionnais: les patronymes changent au cours des générations. J’ai alors voulu savoir à quelle époque le nom VAULBERT de CHANTILLY était appraru.

Variations du patronyme GRUCHET

A l’île de la Réunion, les fils de famille ont parfois rajouté des noms à leur nom de famille originel pour différencier les branches d’une même famille. Dans la descendance de Jean GRUCHET primo-arrivant, on verra ainsi apparaître des GRUCHET BONNAIR, GRUCHET VALOGNE, GRUCHET MILLIANCOURT, GRUCHET MONTESE, GRUCHET DES BARRIERES et GRUCHET VAULBERT.

A travers les générations, les noms originels ont parfois complètement disparu. C’est le cas dans la lignée qui m’intéresse: le nom VAULBERT de CHANTILLY a remplacé en quelques générations le nom GRUCHET. La branche GRUCHET VAULBERT évoluera en GRUCHET VAULBERT CHANTILLY, puis VAULBERT de CHANTILLY.

Le patronyme GRUCHET n’a pas disparu puisqu’il est encore porté à la Réunion.

Gruchet-Vaulbert-de-Chantilly

Jean GRUCHET – 1ère génération

Jean GRUCHET est originaire de Lisieux dans le Calvados (paroisse Saint-Jacques). Il s’engage comme armurier au service de la Compagnie des Indes. Il arrive à l’île Bourbon sur le Saint Jean Baptise” le 5 Décembre 1689 et s’installe à Saint-Paul. En 1692, il épouse une créole Jeanne BELLON qui lui donnera 11 enfants. Cette dernière meurt en 1729 pendant l’épidémie de variole. En 1730, il épouse Jacquette LÉVÊQUE  avec qui il aura encore 5 enfants. Il meurt à Saint-Paul en 1744.

Jean GRUCHET était illettré. L’orthographe de son nom est donc celle utilisée par les prêtres et ou officiers de la Compagnie.

gruchet jean 1692

Mariage de Jean GRUCHET et Jeanne BELLON en 1692. (Source: AD Réunion, transmis par iledelareunion-archive.com)

Joseph GRUCHET VAULBERT – 2ème génération

Joseph GRUCHET, 14ème enfant de Jean GRUCHET se fera appeler Joseph GRUCHET VAULBERT. Il entre au service de la Compagnie des Indes et s’installe en 1759 à l’île de France (île Maurice). En 1777 il est capitaine des troupes nationales de l’Ile de France et sera ensuite propriétaire. Il meurt en 1796.

Joseph Gruchet Vaulbert 1777

Extrait d’une rétrocession à la Compagnie des Indes d’une maison et dépendance. Source: Archives Nationales d’Outre-Mer, FR ANOM COL E 384

Joseph Elie GRUCHET VAULBERT CHANTILLY – 3ème génération

Joseph Elie GRUCHET VAULBERT est né à Port-Louis (Ile de France) en 1770. Il grandit  à l’île de France Maurice mais finira par s’installer à l’Ile Bourbon en 1791. A son mariage en 1796 il signe Joseph GRUCHET VAULBERT.

Joseph Gruchet Vaulbert 1796 Mariage

Signature de Joseph Elie Gruchet Vaulbert à son mariage à Sainte-Suzanne (Réunion) en 1796. (Source: A.N.O.M)

Aux recensements de 1806 et de 1813 il déclare s’appeller GRUCHET VAULBERT mais signe Vaulbert en 1806.

C’est à partir de 1818 qu’il change GRUCHET VAULBERT en VAULBERT CHANTILY (sic).  De même au recensement de 1826 à Saint-André (Réunion), il déclare s’appeler Vaulbert Chantily (sic).

Vaulbert Chantily Recensement 1818

Feuille de recensement de Joseph Elie Vaulbert Chantily. Source: Recensement de Saint-André (Réunion), 1826, Archives Départementales de la Réunion.

Conclusion

C’est donc entre 1813 et 1818 qu’apparaît le nom VAULBERT CHANTILY qui se transformera ensuite en VAULBERT de CHANTILLY.

Tous les VAULBERT de CHANTILLY descendent de Joseph Elie GRUCHET VAULBERT CHANTILLY, et plus précisément de ses 3 fils nommés (voir diagramme plus haut).

A la Réunion, on trouve encore aujourd’hui les patronymes GRUCHET, VAULBERT. A l’île Maurice et en Angleterre on trouve des VAULBERT de CHANTILLY. Ils sont à priori tous descendants de Jean GRUCHET.

C’est donc Jean GRUCHET qui serait mon plus lointain ancêtre sur ma lignée patrilinéaire. Savez-vous comment Antoine Boucher commence sa description de Jean GRUCHET:  “Il n’en fut jamais un qui eut plus l’apparence d’un innocent, …” Je vous en dirai plus dans un prochain billet. 🙂

Coup de fusil – le prénom sorti de nulle part

Coup de fusil – le prénom sorti de nulle part

Le généàthème de ce mois nous propose de parler d’un prénom sorti de nulle part. J’ai sélectionné le mien en lisant l’article de Nelly LALLEMAND intitulé “Humour de l’Etat-Civil” paru dans le bulletin n.138 du Cercle Généalogique de Bourbon.

Coup de fusil

Nelly LALLEMAND y mentionne un dénommé Coup de fusil. Je savais bien que les maîtres donnaient parfois des prénoms peu flatteurs à leurs esclaves. Mais celui-là était tellement farfelu que j’ai voulu le voir écrit pour en être sûr. Grâce au site des Archives Départementales de la Réunion, j’ai pu trouver l’inscription ci-dessous sur les registres spéciaux de St-Denis.

coup-de-fusil-canon

Au moment de l’abolition en Décembre 1848, les esclaves devaient se présenter aux délégués de la commune qui leur attribuaient un patronyme et les inscrivaient sur des registres spéciaux dédiés à prouver leur citoyenneté.

Coup de fusil s’est apparemment présenté deux fois aux délégués de la commune de Saint-Denis puisqu’on le retrouve inscrit au n.767 du registre Selhausen et au n.3755 du registre Brunet. Dans ce dernier registre il est écrit: “Le citoyen Coup de fusil inscrit au Registre Matricule de St-Denis sous le numéro 4064 s’est présenté et après avoir été reconnu par nous a reçu le nom de Canon. St-Denis, le Décembre 1848. Le délégué A. Selhausen“.

L’inscription nous apprend que Coup de fusil CANON est né en 1785. Il aurait donc 63 ans au moment où il recouvre la liberté.

Extrait du registre spécial n.2 Selhausen, EDEPOT2/383, Archives Départementales de la Réunion. © www.cg974.fr – Département de La Réunion

Origines 

Pour en savoir plus, j’ai consulté le site de l’anthropologue et historien Gilles GERARD. On y apprend qu’au recensement de 1846 à St-Denis, la dénommée Elise GERMAIN possédait un esclave de 62 ans nommé Quatre Fusil. Il était dit de caste “cafre“, ce qui signifie qu’il était originaire d’Afrique, et très probablement d’Afrique de l’Est.  Les âges correspondent, les prénoms se ressemblent et sortent tellement de l’ordinaire qu’il ne peut s’agir que d’une seule et même personne.

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Extrait du fichier St-Denis du site de Gilles Gérard, La famille esclave à Bourbon,  http://famille-esclave.pagesperso-orange.fr/index.htm

Je ne sais pas ce qu’il est advenu de Coup de fusil.

Conclusion

Coup de fusil CANON … ça fait sourire … mais ça montre aussi le peu de considération donnée aux esclaves, que ce soit au moment de leur attribuer un prénom, ou au moment de les libérer.

Centenaires de la Réunion avant 1900 – Geneviève Sidonie PELLIER

Centenaires de la Réunion avant 1900 – Geneviève Sidonie PELLIER

Je parlais dans le billet précédent du projet collaboratif nommé “Les centenaires avant 1900″ et le hashtag  sur Twitter. Ce projet a inspiré Jessica Pierre-Louis qui s’est lancé sur son blog Tanlistwa à la recherche des centenaires de la Martinique avant 1900.  Voici une première contribution, pour mettre la Réunion sur la carte des centenaires avant 1900. 🙂

Geneviève Sidonie PELLIER  (1786-1887)

Le 26 Février 1887, est déclaré à Saint-Denis le décès de la “dame Marie Sidonie PELLIER âgée de cent ans … née en cette île commune de Saint-Pierre, fille légitime de feu sieur PELLIER … veuve du sieur Guillaume FALAISE de son vivant propriétaire à Saint-Pierre, y domicilié, décédée hier (le 25) en la demeure du sieur Pierre Antoine BERTHIER son petit-fils“. Les déclarants ne connaissent pas le nom des parents, mais précisent qu’ils étaient propriétaires domiciliés de Saint-Pierre.

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Décès de Marie Sidonie PELLIER (Source: ANOM, Réunion, St-Denis, 1887)

L’acte de mariage de mariage nous donne le nom de ses parents.

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Mariage Guillaume François FALAISE x Marie Geneviève Joseph Sidonie PELLIER (Source: ANOM, Réunion, St-Pierre, 1800)

Le 21 Janvier 1800 Guillaume François FALAISE âgé de 28 ans épouse Marie Geneviève Joseph Sidonie PELLIER, fille de Pierre PELLIER et de Louise Elisabeth Judith de BALMANE. L’acte précise qu’elle est âgée de 13 ans et on voit qu’elle sait signer.

Dans les registres paroissiaux de Saint-Pierre, on trouve le baptême le 31 Décembre 1786 de “Geneviève Sidonie, née la veille, fille naturelle et légitime du Sieur Pierre PELLIER négociant et de Dame Louise Elisabeth Judith de BALMANE

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Baptême de Geneviève Sidonie PELLIER (Source: ANOM, Réunion, St-Pierre, 1786)

Sidonie PELLIER est donc née le 30 Décembre 1786, et elle est décédée le 25 Février 1887 à l’âge de 100 ans 1 mois et 26 jours.

Sidonie PELLIER sera mère le 21 Juillet 1801 soit à l’âge de 14 ans et 8 mois, grand-mère à 34 ans, arrière grand-mère à 54 ans, et arrière arrière grand-mère à 91 ans.

Son père Pierre PELLIER est originaire de Saint-Pierre d’Oléron (Charente Maritime).

Décédée à 114 ans … oui mais !

Décédée à 114 ans … oui mais !

Mon collègue généablogueur de Nouvelles Branches a lancé un projet collaboratif nommé “Les centenaires avant 1900” et le hashtag  sur Twitter. Il consiste à recenser les centenaires décédés avant 1900. Voilà qui m’a fait penser à l’acte de décès de mon (9x) arrière grand-tante, Louise LEMERCIER.

Nous sommes le 12 Mai 1815 au quartier de Saint-Pierre à l’île Bourbon (La Réunion). La veuve Louis BEAUDOIN (Marie Josèphe HERMANN) vient déclarer le décès de sa belle-mère Louise LEMERCIER survenu la veille. L’officier d’état civil lui pose les questions habituelles et rédige l’acte dans lequel il précise que la défunte est veuve de Pierre BEAUDOIN, qu’elle est née à Saint-Paul et qu’elle était âgée de 114 ans !!!!

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Décès de Louise LEMERCIER, extrait du registre des décès de la ville de St-Pierre, année 1815, sur le site des ANOM.

On peut se demander si l”officier d’état civil a eu un doute sur l’âge de la défunte. Certes il n’avait pas sous la main les registres de Saint-Paul où la défunte est née. Les témoins non-parents n’en savaient probablement pas plus.

En consultant le Ricquebourg (1), on apprend que Louise LEMERCIER est en fait née le 28 Juin 1732 à Saint-Paul. Elle a épousé Pierre BEAUDOIN (1714-1792) le 25 Janvier 1751 à Saint-Pierre. Ils ont 4 enfants, dont Louis BEAUDOIN qui épousera en deuxième noce Marie Josèphe HERMANN.

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Baptême de Louise LEMERCIER, extrait des registres de la paroisse de Saint-Paul, année 1732, sur le site des ANOM.

Louise LEMERCIER avait donc 82 ans à son décès. Difficile d’expliquer pourquoi elle a été “vieillie” de 32 ans.

Sources

(1) L.J. Camille Ricquebourg, Dictionnaire Généalogique des Familles de l’île Bourbon (La Réunion): 1665-1810, 1983, collection personnelle. Tome II, page 1701, II-3 Louise LEMERCIER.

L’enfant aux douze prénoms

L’enfant aux douze prénoms

Combien de prénoms pouvait-on donner à un enfant au 19ème siècle ? A l’île de la Réunion, il ne semblait pas y avoir de limites.

L’acte de naissance

Nous sommes le 8 Mai 1880. Médor THÉVENOT, 61 ans, cultivateur se présente à la mairie de la commune de Saint-Leu (Île de la Réunion) pour y déclarer la naissance de son fils. Il ne sait pas écrire, il est probablement illettré, mais il ne manque pas d’imagination. Il va donner 12 (douze) prénoms à son fils. Et l’officier d’état civil ne protestera pas.

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Acte de Naissance THÉVENOT,  n.81, Registre des Naissances de St-Leu (Ile de la Réunion), ANOM

L’an mil huit cent quatre vingt, le huit Mai à deux heures de relevée en l’hôtel de ville de la Mairie , par devant nous François César Sauvage, adjoint au Maire de la commune de Saint-Leu, y remplissant les fonctions d’officier de l’Etat Civil par délégation du Maire,  est comparu le Sieur Médor THÉVENOT, âgé de soixante un an cultivateur domicilié au dit Saint Leu lequel a présenté un enfant du sexe masculinn, né le vingt six du mois dernier à deux heures de relevée dans sa maison sis au sus dit Saint-Leu au Piton, de lui déclarant et de dame Delphine MAINGER, âgée de trente huit ans, sans profession son épouse, et auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de Augustin Marie Médor Adam Adolphe Félix André Edouard Jules Amédée Ludovic Joseph.… 

Dans la table annuelle qui clôt l’année 1880 du registre des naissances, l’officier d’état civil n’a d’autre choix que d’y inscrire les initiales des prénoms.

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Quel fut son prénom usuel ? 

J’ai bien sûr cherché à savoir quel fut son prénom usuel. Mais je ne l’ai pas trouvé comme témoin à un mariage ou déclarant d’un décès dans les actes relatifs à sa famille proche et consultables sur ANOM.

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Sa fiche matricule ne nous livre pas la réponse (j’avais espéré que l’un des prénoms soit souligné). Mais elle nous en apprend un peu plus sur Augustin. Il a fait la campagne de Madagascar de Mai 1902 à Novembre 1903 au sein du 15ème régiment d’infanterie coloniale. Il sera mobilisé en Août 1914 mais sera “renvoyé dans ses foyers pour raisons de santé“. Il sera réformé n.2 pour “acuité visuelle nulle de l’oeil droit“.  Il décède à St-Paul le 5 Mars 1918.

Pourquoi douze prénoms ?

Médor THÉVENOT n’est pourtant pas un récidiviste. Ses autres enfants ont deux prénoms tout au plus. De son premier mariage avec Juliette FILOT il aura une fille, Sensée et trois fils, Isidore, Adolphe et François. De son deuxième mariage avec Delphine MAINGER il aura trois filles Delphine, Marie Zélia, Marie Erselie et trois fils Jules, Julien, Augustin donc, et Joseph Marie.

L’origine des THÉVENOT

Médor THÉVENOT est affranchi en 1848 lors de l’abolition de l’esclavage. Selon les relevés de Gilles Gérard (3), Médor est esclave sur la propriété LEBRETON de K LONET aux ravines du Trou et du Cap à Saint-Leu en 1847. Selon ce recensement il est créole, il est donc né à la Réunion.   A son mariage avec Juliette FILOT le 27 Septembre 1852, il fournit un extrait d’âge, qui dit qu’il est né en 1819, et fils de Sensée décédée.  Le patronyme existe toujours à la Réunion et à St-Leu.


Sources

(1) Site des ANOM (Archives Nationales d’Outre mer): La Réunion, St-Leu, Naissances, 1880, Acte n.81, vue n.24.

(2) Site des ANOM : Fiche matricule n.204, Classe 1900, Bureau de St-Denis de la Réunion.

(3) Gilles Gérard, Reconstitutions des familles d’esclaves avant l’abolition de l’esclavage en 1848 à l’île de La Réunion, Fichier St-Leu Trois-Bassin du 6 Janvier 2017, Individu numéro 3231