Select Page
Geneatheme sur les migrations – Alfred PALMONT et la Nouvelle-Calédonie

Geneatheme sur les migrations – Alfred PALMONT et la Nouvelle-Calédonie

Pour le  geneatheme de Juillet, Sophie de la Gazette des Ancêtres nous invite à parler des migrations dans notre généalogie et à nous poser les questions suivantes. Pourquoi quitter sa famille ? Pourquoi quitter sa région ? Pourquoi partir et refaire sa vie ? Quel fut l’élément déclencheur ?  

Je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de temps à consacrer à ce blog ces dernières semaines. Mais je tenais à participer, car les migrations sont bien les histoires qui m’intéressent le plus en généalogie.

Je me contente de partager un document qui m’est d’autant plus cher que je l’ai trouvé totalement par hasard. Ce document témoigne de la situation difficile de mon arrière arrière arrière grand-père Alfred PALMONT en 1873, qui le pousse à vouloir tenter sa chance en Nouvelle-Calédonie.

Les Réunionnais en Nouvelle-Calédonie

Après 1863,  la Réunion traverse une grave crise économique et financière. Elle touche particulièrement l’industrie sucrière et cause un appauvrissement général de la population. Au même moment, la Nouvelle-Calédonie, toute jeune colonie créée en 1853 cherche des colons.  Certains Réunionnais y émigreront pour tenter l’aventure sucrière. D’autres, parmi les plus pauvres, essaient tout simplement de rejoindre cette nouvelle colonie où les perspectives semblent meilleures.

Le carton 4M130 des Archives Départementales de la Réunion (ADR) contient précisément ces demandes de passage vers la Nouvelle-Calédonie couvrant une période allant de 1863 à 1912. Les Réunionnais qui ne peuvent payer le billet, écrivent au Directeur de l’Intérieur pour que celui-ci leur accorde le passage gratuit à bord d’un navire de l’Etat vers la Nouvelle-Calédonie. A la lecture de ses demandes, on devine que les demandeurs se sont fait aider pour les écrire. Toutefois ces lettres témoignent de la misère générale à l’époque.

 

Vue de la rade de Port-de-France (futur Nouméa) (Source: Wikipedia)

Demande d’Alfred PALMONT

Voici la demande de passage faite par mon ancêtre Alfred PALMONT le 3 Mars 1873. Je n’ai corrigé ni les fautes d’orthographe, ni les fautes de grammaire.

Monsieur,

L’état désastreux où m’a mise l’épidémie fiévreuse qui sévit presque dans toute la Colonie, joint à cela le manque de travail qui opposent à ma position de père de famille de cinqs enfants, de continuer a resté dans la Colonie ; dont mon industrie que je professe et l’état de bourlier ; capable de gagner ma vie partout ailleurs, d’après mes capacités et pouvant vous fournir des certificats dans tous les Etablissements ou j’ai travaillé, m’ont suggerée la pensée de me faire l’honneur de vous adresser la présente demande à seule fin que vous voulez bien maccorder un droit de passage comme les autres concurrents pour la Nouvelle Calédonie avec ma petite famille qui se composent de moi ma femme trois garçons et deux filles qui font un nombre de 7, comme je pressent M. le Directeur de l’Intérieur que ce nouveau repatriement me sourit ainsi quà ma petite famille pour l’avenir. J’ai l’honneur de venir solliciter auprès de vous l’accueil favorable que vous donnerez sur ma demande que j’ai l’honneur de vous adresser et vous fournir des certificats de bonne conduite dans chaque commune que j’ai travaillé ; en attendant, veuillez Monsieur le Directeur de l’Intérieur agréer les humbles salutations de votre dévoué serviteur. 

Alfred Palmont

La signature plutôt hésitante contraste particulièrement avec le reste de la lettre. Il s’est fait aider pour la lettre. A son mariage en 1861 il ne savait pas signer.

Demande de passage en Nouvelle-Calédonie d’Alfred PALMONT en 1873. (Source: ADR 4M130)

Au bas de la lettre on trouve quelques lignes où il est confirmé qu’Alfred PALMONT était un bon travailleur et qu’il s’est toujours bien conduit.

Rapport du commissaire de police sur Alfred PALMONT

Le commissaire de police de Saint-Denis mandaté par le Directeur de l’Intérieur écrit ceci.

Monsieur le Directeur de l’Intérieur

En réponse à votre communication du 3 Mars concernant le Sr Alfred Palomnt, j’ai l’honneur de vous donner les renseignements suivants:

Alfred Palmont âgé de 39 ans né à St-Paul où il exerce la profession de bourrelier est marié à Charlotte Bonsang née à St-Denis, âgée de 30 ans.  — Cinq enfants sont issus de ce mariage: Alfred 10 ans, Armand 8 ans, Angela 7 ans, Emilien 5 ans, Marie 2 ans.  Cette famille est dans une profonde misère et n’aurait pour faire face aux premiers frais de son existence à la Nouvelle-Calédonie qu’une somme de 50 francs environ.  La moralité du Sr Palmont n’est pas mauvaise ; mais je pense que si cet ouvrier était un bon travailleur, il trouverait facilement à s’employer ici.

J’ai l’honneur d’être avec respect Monsieur le Directeur de l’Intérieur votre humble et très dévoué serviteur. 

Le commissaire de police.

Rapport de police sur la situation d’Alfred PALMONT en 1873 (Source: ADR 4M130)

Epilogue

Alfred PALMONT n’obtint pas le passage vers la Nouvelle-Calédonie. Le peu d’économies dont il disposait, et sa trop nombreuse famille, étaient un obstacle jugé trop grand pour une émigration réussie. Les doutes du commissaire de police sur la qualité de son travail ont probablement pesé sur la décision finale.

Né esclave en 1833, affranchi à l’âge d’un an avec sa mère, sa grand-mère, ses oncles et tantes par son grand-père, Alfred PALMONT s’était marié une première fois vers 1852, sa femme mourant en couche et son enfant peu après. Il s’était remarié en 1861 à Charlette BONCHAMP (et non BONSANG comme écrit dans le rapport ci-dessus). Après cette demande de passage de 1873, le couple eut encore 3 enfants.

Clin d’oeil de l’histoire, à sa mort en 1883 il était ….  agent de police

Coup de fusil – le prénom sorti de nulle part

Coup de fusil – le prénom sorti de nulle part

Le généàthème de ce mois nous propose de parler d’un prénom sorti de nulle part. J’ai sélectionné le mien en lisant l’article de Nelly LALLEMAND intitulé “Humour de l’Etat-Civil” paru dans le bulletin n.138 du Cercle Généalogique de Bourbon.

Coup de fusil

Nelly LALLEMAND y mentionne un dénommé Coup de fusil. Je savais bien que les maîtres donnaient parfois des prénoms peu flatteurs à leurs esclaves. Mais celui-là était tellement farfelu que j’ai voulu le voir écrit pour en être sûr. Grâce au site des Archives Départementales de la Réunion, j’ai pu trouver l’inscription ci-dessous sur les registres spéciaux de St-Denis.

coup-de-fusil-canon

Au moment de l’abolition en Décembre 1848, les esclaves devaient se présenter aux délégués de la commune qui leur attribuaient un patronyme et les inscrivaient sur des registres spéciaux dédiés à prouver leur citoyenneté.

Coup de fusil s’est apparemment présenté deux fois aux délégués de la commune de Saint-Denis puisqu’on le retrouve inscrit au n.767 du registre Selhausen et au n.3755 du registre Brunet. Dans ce dernier registre il est écrit: “Le citoyen Coup de fusil inscrit au Registre Matricule de St-Denis sous le numéro 4064 s’est présenté et après avoir été reconnu par nous a reçu le nom de Canon. St-Denis, le Décembre 1848. Le délégué A. Selhausen“.

L’inscription nous apprend que Coup de fusil CANON est né en 1785. Il aurait donc 63 ans au moment où il recouvre la liberté.

Extrait du registre spécial n.2 Selhausen, EDEPOT2/383, Archives Départementales de la Réunion. © www.cg974.fr – Département de La Réunion

Origines 

Pour en savoir plus, j’ai consulté le site de l’anthropologue et historien Gilles GERARD. On y apprend qu’au recensement de 1846 à St-Denis, la dénommée Elise GERMAIN possédait un esclave de 62 ans nommé Quatre Fusil. Il était dit de caste “cafre“, ce qui signifie qu’il était originaire d’Afrique, et très probablement d’Afrique de l’Est.  Les âges correspondent, les prénoms se ressemblent et sortent tellement de l’ordinaire qu’il ne peut s’agir que d’une seule et même personne.

quatre-fusil-canon

Extrait du fichier St-Denis du site de Gilles Gérard, La famille esclave à Bourbon,  http://famille-esclave.pagesperso-orange.fr/index.htm

Je ne sais pas ce qu’il est advenu de Coup de fusil.

Conclusion

Coup de fusil CANON … ça fait sourire … mais ça montre aussi le peu de considération donnée aux esclaves, que ce soit au moment de leur attribuer un prénom, ou au moment de les libérer.

2017 – Nouvelles ressources en ligne pour la Réunion et la Suisse

2017 – Nouvelles ressources en ligne pour la Réunion et la Suisse

En ce mois de Décembre, mes collègues blogueurs parlent de leur plus grand bonheur généalogique de l’année. Je me prête aussi à l’exercice.

Bien sûr il y a les rencontres, les découvertes, les objectifs remplis. Mais ce qui m’a finalement rendu le plus heureux en 2017 c’est de voir que toujours plus de fonds d’archives sont accessibles en ligne. 

J’ai choisi 3 exemples pour illustrer mon propos.

Les premières mises en ligne des Archives Départementales de la Réunion.

C’était le 14 Mars 2017.  Je recevais un mail de Bernard NOURIGAT via liste de diffusion Genbourbon dont le sujet était “Nouvelle IMPORTANTE ! IMPORTANTE!“. Il nous faisait suivre un message de Damien Vaisse, directeur des Archives Départementales de la Réunion (ADR) qui annonçait “la mise en ligne, à titre de test, du module de consultation des archives numérisées des ADR. Une fois la période de test terminée, cela fut officiel: les Archives Départementales de la Réunion mettaient en ligne pour la première fois des archives numérisées.

Je trouve le choix des fonds mis en ligne très judicieux. Je mentionne ici ceux qui sont à mon avis les plus marquants.

  • Les registres spéciaux d’affranchissement de 1848. L’un des événements les plus marquants de l’histoire de la Réunion est sans conteste la proclamation de l’abolition de l’esclavage le 20 Décembre 1848. 62000 esclaves sont affranchis, un patronyme leur est attribué et ils sont inscrits dans les registres spéciaux d’affranchissement ouverts spécialement pour établir leur identité. Ces registres renseignent parfois sur la filiation et l’ascendance de ces anciens esclaves. Pierrette et Bernard NOURIGAT en avaient déjà fait les relevés, mais les photos de ces registres sont maintenant accessibles à tous.
  • Les recensements de la population (1708-1789) conservés dans le fonds de la Compagnie des Indes sont maintenant accessibles en ligne. Ces recensements sont un complément très utile aux généalogistes et donnent parfois quantité de détails sur les possessions de nos ancêtres et l’origine des primo-arrivants. Pour les plus chanceux, il sera même possible d’y trouver la trace de nos ancêtres esclaves.
  • Les registres d’état civil complémentaires à ceux des Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM). Ils concernent notamment les naissances, mariages et décès de la population esclave qui ne sont pas déposés aux ANOM. La reconstitution de la cellule familiale de nos ancêtres esclaves n’est pas facile et demande donc du temps. Pouvoir consulter ces registres en dehors de la salle de lecture des ADR est donc un réel progrès.

Pour voir le détail des fonds numérisés disponibles: c’est ici.

Un grand merci à tout le personnel des Archives Départementales de la Réunionpour ce travail et à tous ceux qui ont contribué à ces mises en ligne.

ADR_StPierre_RegSpec

© www.cg974.fr – Département de La Réunion – Archives Départementales de la Réunion

La nouvelle visionneuse de Archives Nationales d’Outre-Mer.

Pour les recherches généalogiques qui concernent les anciennes colonies, et donc la Réunion, le site des Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM) est incontournable. Les registres paroissiaux et les registres d’état-civil y sont notamment accessibles. Encore récemment, la navigation dans ces registres nécessitaient l’installation et la mise à jour régulière de Java. Ceci a même causé une incompatibilité avec les versions les plus récentes des navigateurs, obligeant à diverses manipulations.

Depuis quelques semaines, les images de l’état civil de Réunion sont accessibles via la nouvelle visionneuse déployée cette année. Et ce sont tous les utilisateurs du site des ANOM qui crient Hourrah !  La navigation ne nécessite pas d’installation particulière et en plus elle est bien plus rapide qu’auparavant.

Un grand merci au personnel des ANOM.

La mise en ligne des registres paroissiaux du canton de Berne (Suisse).

Au mois de Février 2017, les Archives Cantonales de Berne en Suisse ont mis en ligne les registres des paroisses du canton de Berne. Les registres couvrent une période commençant à la Réformation au début du 16ème siècle et se terminant en 1875. A partir de 1876, les naissances, mariages et décès sont enregistrés dans l’état civil tout juste créé.

Ces registres paroissiaux avaient été numérisés par un américain Lewis Rohrbach et ce dernier les commercialisait sur CD-ROM au format PDF.

Les deux grand-mères de mon épouse sont originaires de l’Emmental, et j’avais acquis quelques CDs. Mais j’étais parfois découragé car il fallait toujours consulter un ou deux actes sur un CD-ROM que je n’avais pas.  De plus le nombre de visites aux archives cantonales de Berne pour la consultation des registres paroissiaux était limité. Avec cette mise en ligne, tous les registres numérisés sont accessibles gratuitement.

Le répertoire des registres est ici, il faut cliquer sur Krichenbuecher (=registres paroissiaux) et sélectionner ensuite la paroisse et le registre qui vous intéresse. Patricia Ruelle, explique plus en détail sur son blog Chroniques du Temps.

Conclusion

Les archives continuent de mettre en ligne leurs fonds numérisés, pour le plus grand bonheur des généalogistes. Derrière une mise en ligne de fonds d’archives, il y a un énorme travail d’organisation, d’indexation, de numérisation, de tests. Et avant même tout cela, il y a des personnes qui se battent pour obtenir les fonds nécessaires à toutes ces réalisations, car tout cela a un prix.

Un grand merci à tous ceux qui rendent cela possible.

Geneatheme: Paléographie mon amour.

Geneatheme: Paléographie mon amour.

Pour le geneatheme de Janvier, Sophie de la Gazette des Ancêtres nous invite à partager une page d’écriture manuscrite sur le thème “Paléographie, mon amour”. J’ai souhaité mettre à l’honneur les registres des corporations de la ville de Coire (1). 

Dans mes recherches aux Archives Cantonales des Grisons (Staatsarchiv Graubünden), j’avais pu remonter la branche LAURER de ma belle-famille jusqu’à un Bernhard LAURER (1734-1787), ancêtre à la 8ème génération de mon épouse, auquel on donnait le titre de “Oberzunftmeister”. L’un de ses petits-fils, Anton LAURER (1789-1834), ancêtre à la 6ème génération de mon épouse, était lui  désigné “Altzunftmeister”.

Ma connaissance des corporations de la ville de Coire et de leur fonctionnement est encore sommaire.  “Zunftmeister” fait référence au maître d’une corporation. Selon l’article du Dictionnaire Historique de la Suisse (2), le maître de corporation était élu une année par sa corporation et était chargé de régler les conflits, de traiter le cas d’infraction aux règles  de la corporation.  Le premier prévôt des corporations (“Oberzunftmeister”) faisait partie des magistrats suprêmes de la ville.

Les registres des corporations de la ville de Coire

Ce sont les archives municipales de la ville de Coire (Stadtsarchiv Chur) qui détiennent les archives des corporations de la ville. J’y suis donc allé récemment avec l’objectif d’en apprendre plus sur leur parcours au sein de leur corporation. J’ai découvert les registres de corporation (Zunftrodel) sur lesquels sont inscrits les différents membres de la corporation selon leur date d’entrée. On peut parfois y trouver une mention de leur date de décès. C’est surtout par l’écriture que j’ai été fasciné. En voici quelques extraits pour le généathème de ce mois.

Ci-dessous une page extraite du registre de la Schmiedezunft sur laquelle est inscrit Bernhard LAURER. Il est devenu membre en 1757. Sa date de décès le 25 Juillet 1787 y est inscrite.

stachur-schmidezunft-rodel-1757-laurer-bernhardt

Stadtarchiv Chur, CB III/Z 27: Zunftrodel der Schmieden 1605-1835

Ci-dessous l’inscription à la Schneiderzunft en 1694 de Johannes FISCHER, ancêtre à la 9ème génération de mon épouse. Admirer le “J” de Johannes et le “F” de Fischer. On y précise qu’il est Zunftmeister. Et j’avoue être hypnotisé par le “R” de Rÿsch (patronyme aujourd’hui orthographié Risch).

StaChur-Schneiderzunft-Rodel-1694-Fischer-Johannes

Stadtarchiv Chur, CB III/Z 42: Zunftrodel der Schneidern 1605-1839

Retour au registre de la Schmiedezunft, et plus loin encore dans le temps. Adam HITZ et Andreas LORETZ sont inscrits sur les registres en 1643 et 1645.

stachur-schmidezunft-rodel-1643

Stadtarchiv Chur, CB III/Z 27: Zunftrodel der Schmieden 1605-1835


Sources

(1)  Les registres de corporation (Zunftrodel) de la ville de Coire consultés: Stadtarchiv Chur, CB III/Z 27: Zunftrodel der Schmieden 1605-1835 ; Stadtarchiv Chur, CB III/Z 42: Zunftrodel der Schneidern 1605-1839

(2) Katharina Simon-Muscheid, “Maître de corporation”, in Dictionnaire Historique de la Suisse, version du 03.09.2008 (traduit de l’allemand), http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F26433.php

Photos: collection personnelle. Publication avec l’aimable autorisation du personnel du Stadtarchiv Chur.