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Affranchis de 1848 – Paul DEMOSTHENES, esclave commandeur

Affranchis de 1848 – Paul DEMOSTHENES, esclave commandeur

En cette année 2018, les Réunionnais célèbreront les 170 ans de l’abolition de l’esclavage. Pour commémorer l’abolition, j’ai décidé de parler de mes ancêtres esclaves qui ont été affranchis en 1848. Dans ce billet, j’évoque la vie de Paul DEMOSTHENES, père de Faustin DEMOSTHENES dont j’avais parlé précédemment.

Adeline TARPELIA et Paul DEMOSTHENES, esclaves de Urbain LESPORT

Mon aïeule Adeline était esclave sur une une propriété appartenant à la succession de Urbain LESPORT au lieu-dit le Portail àSaint-Leu.

Elle y avait eu 4 enfants naturels Paul, Marceline, Faustin mon ancêtre et Clémence. Ces derniers avaient reçu le nom de DEMOSTHENES en 1848, et non le nom de TARPELIA attribué à leur mère, comme cela aurait dû être le cas pour des enfants naturels. Paul DEMOSTHENES avait donc reconnu ses enfants au moment de l’abolition. A son mariage en 1886, Faustin DEMOSTHENES ignorait le domicile et la profession de son père. On peut donc en déduire qu’il n’a plus eu de contacts avec son père après l’abolition.

Cellule familiale de Paul DEMOSTHENES

Paul DEMOSTHENES esclave commandeur

Pour en savoir plus sur la vie de Paul DEMOSTHENES quand il était esclave il faut consulter les feuilles de recensement de son maître, Urbain LESPORT.

Au recensement de 1843 à Saint-Leu, il est nommé Paul 1er (peut-être en référence à l’existence de son fils Paul né 1840). Il est décrit comme de caste créole de couleur noir aux cheveux crépus mesurant 1m68 et exerçant la profession de commandeur. Le terme “créole” ne représente pas une caste mais indique que l’esclave est né sur l’île. S’il est esclave, et qu’il est né à Bourbon, c’est donc que sa mère était aussi esclave.

Recensement de la Succession Lesport 1843 St-Leu (Source: AD Réunion, 6M508)

Au recensement de 1846 à, Paul était âgé de 46 ans, de caste créole, de couleur rouge aux cheveux lisses, mesurait 1m63 et était charpentier commandeur.

Recensement de la Succession Lesport 1846 St-Leu (Source: AD Réunion, 6M510)

La propriété comptait en 1846 un total de 96 esclaves (71 créoles, 8 malgaches, 17 cafres mozambiques), mais ne comptait pas d’animaux, de plantations.

Recensement de la Succession Lesport 1846 St-Leu (Source: AD Réunion, 6M510)

Certains détails physiques diffèrent selon le recensement, mais l’âge, l’origine et la 5ème position sur la feuille de recensement sont les mêmes. On peut imaginer que les recensements ont pu être réalisés en présence de régisseur différents.  Paul avait une position relativement importante sur la propriété puisqu’il était commandeur puis charpentier commandeur.  Le commandeur était l’esclave nommé par le propriétaire pour diriger les autres esclaves au travail. Il disposait d’une certaine autorité physique et morale. Il s’occupait aussi des châtiments si bien qu’on représente souvent le commandeur avec un fouet.

Le domaine d’Urbain LESPORT ne comptait pas de terres cultivées, le travail n’y était peut-être pas trop pénible.  J’aime à croire que Paul DEMOSTHENES n’était pas donc pas forcé d’être un de ces commandeurs violents comme on les représente presque systématiquement. Dans notre patrimoine musical, il existe une magnifique chanson qui évoque cette figure de l’esclavage qu’était le commandeur.  Dans Komandèr, un esclave parle de ses souffrances et du commandeur qui le maltraite, mais se dit que le temps des commandeurs sera bientôt révolu. J’ai découvert cette chanson il y a une vingtaine d’années, et j’ai été bouleversé par la poésie de ce texte en créole comme par la force du message. C’est devenu l’une de mes chansons créoles préférées alors même que je ne savais pas que j’avais un ancêtre esclave commandeur.

Paul DEMOSTHENES après l’abolition

Une fois libre Paul DEMOSTHENES ne quitta pas la commune de Saint-Leu. Il y épousa en 1854 Louise DONVAL, plus jeune de 25 ans, qui était veuve depuis 3 ans. Louise DONVAL était aussi une créole affranchie de 1848 à Saint-Leu.  Les mariés ne produisirent pas un extrait des registres spéciaux, mais un extrait d’âge qui précisait leur année de naissance et le nom de leur mère.

Paul et Louise étaient cultivateurs au Grand Fond à Saint-Leu. On peut donc imaginer qu’ils ont fait partie des ces affranchis qui ont acquis un petit lopin de terre pour subsister à leurs propres moyens et surtout pour éviter le travail obligatoire. Le décret d’abolition donnait la liberté aux anciens esclaves mais rendait obligatoire pour ces dernier d’avoir un contrat d’engagement avec un employeur de leur choix. Seuls les affranchis qui pouvaient justifier d’une pièce de terre, d’un revenu et ou d’un métier productif étaient dispensés du contrat d’engagement.

Paul DEMOSTHENES et Louise DONVAL eurent un enfant nommé Henry Paul qui mourut en bas-âge. Louise DONVAL mourut en 1857, 10 jours après le décès de son fils, elle avait 33 ans.

Paul DEMOSTHENES se remaria en 1861, il avait alors 61 ans. Sa deuxième épouse Joséphine DORLIN avait 13 ans de moins que lui et était veuve et elle aussi une affranchie de 1848. Le couple semble avoir toujours vécu au Grand Fond à Saint-Leu. Joséphine décéda en 1885 à Saint-Leu, Paul DEMOSTHENES avait alors 85 ans.

Malgré mes recherches dans les registres, je n’ai toujours pas trouvé le décès de Paul DEMOSTHENES. Je sais donc qu’il était encore vivant le 22 Décembre 1885 quand sa deuxième épouse est décédée.

Lieux-dits “Grand Fond” et “Le Portail” commune de Saint-Leu (Source: fr.mappy.com)

Conclusion

Paul DEMOSTHENES vécut 49 ans en esclavage et au moins 37 ans en homme libre. Voilà quelqu’un qui aurait eu des histoires sûrement intéressantes à raconter. J’aurais aimé lui demander comment il a vécu tous ces changements et surtout pourquoi il a été séparé d’Adeline et de ses enfants.  Comme beaucoup d’esclaves, il n’aura pas laissé beaucoup de traces dans les archives. Il aura au moins laissé un patronyme qui sort de l’ordinaire et qui est encore porté aujourd’hui à la Réunion. Et finalement, il y a au moins deux personnes qui parlent encore régulièrement de lui aujourd’hui, mon père et moi.

Affranchis de 1848 – Faustin DEMOSTHENES

Affranchis de 1848 – Faustin DEMOSTHENES

En cette année 2018, les Réunionnais célèbreront les 170 ans de l’abolition de l’esclavage. Pour commémorer l’abolition, j’ai décidé de parler de mes ancêtres esclaves qui ont été affranchis en 1848. Dans ce billet, premier de la série, je parle de Faustin DEMOSTHENES (1845-1904) mon ancêtre à la 5ème génération (AAAGP).

Faustin DEMOSTHENES, enfant de l’abolition

Faustin naît le 26 Mai 1845 sur une propriété située au lieu-dit le Portail de la commune de Saint-Leu et faisant partie de la succession d’Urbain LESPORT. Urbain LESPORT est décédé en 1840 et 5 ans plus tard sa succession, qui ne compte pas moins de 14 bénéficiaires, n’est toujours pas réglée. C’est donc le régisseur des biens de cette succession, Albert Ricquebourg qui déclare la naissance.

Acte de naissance de Faustin, Registre des naissances d’esclaves, Saint-Leu, 1845 ; © www.cg974.fr – Département de La Réunion – Archives Départementales de la Réunion

L’acte est tiré du registre des naissances d’esclaves de la commune de Saint-Leu et il précise que “la nommée Adeline créole, âgée de trente ans, inscrite sous le numéro 2334 du Registre à Souche, esclave dépendant de la dite succession, est accouchée hier à trois heures après midi d’un garçon nommé Faustin“.

Les esclaves n’avaient pas de noms de famille et étaient inscrits, à partir de 1840,  sur un registre matricule tenu dans chaque commune. Le numéro 2334 du registre matricule permet d’identifier Adeline parmi les esclaves de la commune de Saint-Leu. Grâce à ce numéro, j’ai trouvé dans le registres des naissances d’esclaves de Saint-Leu, 3 autres enfants d’Adeline tous nés sur la même propriété: Paul en 1840, Marceline en 1842, et Clémence 1847.

Faustin ne grandira pas en esclavage puisque tous les esclaves sont libérés lors de l’abolition en 1848 alors qu’il n’a que 3 ans et demi. Il grandira à Saint-Denis où sa mère Adeline s’est installée et où elle s’est mariée avec un autre affranchi de 1848 qui exerçait la profession de charpentier. J’en parlerai dans un prochain article.

L’acte de mariage, une pièce essentielle

L’acte de mariage est une pièce essentielle pour comprendre l’histoire des affranchis de 1848. Celui relatant le mariage de Faustin DEMOSTHENES ne fait pas exception.

Faustin épouse Elisa BRUNIQUET le 7 Juillet 1886 à St-Denis. L’acte de mariage  précise que Faustin DEMOSTHENES est “maçon domicilié de cette ville (St-Denis) né en cette île commune de Saint-Leu en l’année mil huit-cent quarante cinq, fils majeur de Paul DEMOSTHENES (on ignore sa profession et son domicile) et de feue Adeline TARPÉLIA veuve de Célestin VIGNERON de son vivant bazardière, domiciliée de cette ville). Les pièces suivantes sont présentées “… 2° d’un extrait des registres spéciaux de la commune de Saint-Leu (Registre Bernold Prudent n.1242) pour remplacer l’acte de naissance du futur époux ; 3° d’un acte de notoriété reçu par devant Monsieur le Juge de Paix de cette ville, en date du onze Mai dernier constatant l’absence du père du futur époux … ” 

Mariage Faustin DEMOSTHENES x Elisa BRUNIQUET 1886 St-Denis (Archives Nationales d’Outre-Mer)

Les mariés reconnaissent cinq enfants dont mon arrière arrière grand-mère Uranie DEMOSTHENES née en 1868.

L’extrait des registres spéciaux de la commune de Saint-Leu fourni en lieu et place de l’acte de naissance confirme que Faustin a été affranchi à Saint-Leu lors de l’abolition en 1848. Les registres spéciaux ont été ouverts au moment de l’abolition en 1848 pour y inscrire l’identité des esclaves qui devenaient alors des nouveaux citoyens. S’il a été affranchi à Saint-Leu, c’est qu’il était esclave sur une propriété située dans la commune de Saint-Leu. Malheureusement les registres spéciaux de la commune de Saint-Leu ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

Au moment de l’abolition, Faustin s’est donc vu attribué le nom de son père: DEMOSTHENES. Il est probable que le délégué Bernold PRUDENT était un connaisseur de la culture grecque. Selon Wikipedia, Demosthenes était un homme d’état athénien, grand orateur qui selon la légende s’entraînait à parler avec un cailloux dans la bouche pour vaincre ses problèmes d’élocution. On peut se demander ce qui a inspiré le délégué. Paul DEMOSTHENES était-il un bon parleur ?  J’explorerai cette piste dans un prochain article qui lui sera consacré.

Une famille séparée après l’abolition

L’acte de mariage nous révèle donc une information qui n’était pas présente sur “l’acte de naissance” de Faustin: l’identité de son père, une esclave nommé Paul. Paul et Adeline n’étaient pas mariés, comme le confirment les actes de naissances des autres enfants d’Adeline où le père n’est pas nommé.  De plus, s’ils avaient été mariés Adeline aurait reçu le nom de DEMOSTHENES comme son mari, or elle porte le nom de TARPÉLIA.

Paul DEMOSTHENES a certainement reconnu être le père de Faustin au moment de l’abolition, ce qui expliquerait pourquoi Faustin reçu le nom de DEMOSTHENES.

Toujours selon l’acte de mariage, Faustin DEMOSTHENES ignorait la profession et le domicile de son père Paul DEMOSTHENES. Un acte de notoriété a même été passé chez le juge. Sa mère Adeline TARPÉLIA était veuve de Célestin VIGNERON. On devine donc que les parents de Faustin ont été séparés après l’abolition. J’y reviendrai.

Faustin DEMOSTHENES savait signer. Il a probablement fréquenté l’une des écoles créées par l’église pour jeunes affranchis au moment de l’abolition.

Signature de Faustin DEMOSTHENES à son mariage.

Faustin exerça la profession de maçon. Après l’abolition, les affranchis préféraient exercer des métiers manuels tels que maçon, menuisier, charpentier. Ses métiers leurs permettaient d’éviter les travaux agricoles qui leur rappelaient leur ancienne condition d’esclave.

Faustin vécut avec sa famille à Saint-Denis dans le quartier de Patates à Durand où il mourut en 1904.

Descendance

Aucun souvenir ni aucune anecdote sur Faustin DEMOSTHENES ne me  sont malheureusement parvenus.  Faustin DEMOSTHENES a pourtant eu 7 enfants et 25 petits-enfants dont la dernière, Claire VAILLANT (1918-2012), que mon père appelait cousine Claire, n’est décédée que récemment. Cousine Claire, outre les nombreuses histoires sur notre famille qu’elle a transmis à mon père, nous a surtout transmis une photo qui m’est très chère. C’est celle de mon arrière arrière grand-mère Uranie DEMOSTHENES (1868-1926), fille de Faustin DEMOSTHENES. Elle a probablement été prise vers 1924.

Uranie DEMOSTHENES (1868-1926)

Le nom DEMOSTHENES est encore porté à la Réunion, par des descendants de mon arrière arrière grand-oncle Séverin DEMOSTHENES (1877-1943), le seul fils de Faustin DEMOSTHENES ayant atteint l’âge adulte. J’espère que cet article me permettra de rentrer en contact avec des descendants.

Dans un prochain article je parlerai des parents de Faustin DEMOSTHENES, Paul DEMOSTHENES et Adeline TARPELIA eux aussi affranchis en 1848.


Sources consultées

Registre des Mariages de Saint-Denis (Archives Nationales d’Outre-Mer)

Registre des Naissances d’esclaves de Saint-Leu (Archives Départementales de la Réunion)

Recherches de Patrick ONEZIME-LAUDE.

Mes ancêtres esclaves affranchis en 1848

Mes ancêtres esclaves affranchis en 1848

En cette année 2018 nous fêterons les 170 ans de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Le décret d’abolition fut proclamé le 20 Décembre 1848 à la Réunion. Cette date est un jour férié à la Réunion et elle est fêtée par tous les Réunionnais dans le monde. Ne vivant ni à la Réunion ni en France, je ne pourrai probablement pas participer aux commémorations qui seront organisées cette année. Alors j’ai décidé de mettre à l’honneur sur le blog mes ancêtres esclaves, et particulièrement ceux qui ont été affranchis lors de le l’abolition en 1848.

Les registres spéciaux

L’enregistrement des affranchissements se fera pour l’essentiel de Novembre 1848 à Février 1849. 62000 esclaves n’ayant que des prénoms se voient attribuer un patronyme. Le prénom du nouveau libre ainsi que le patronyme qui lui est attribué sont enregistrés sur des registres spéciaux qui seront la preuve de leur citoyenneté. Malheureusement, 29 registres ont été perdus (ou détruits) et seuls 37 registres spéciaux sont arrivés jusqu’à nous.

Ces registres sont tenus par les maires des communes ou leurs délégués. On les désigne souvent sous le nom du délégué. Ci-dessous un extrait du registre Ozoux de la commune de Saint-Denis sur lequel on peut lire:   “Le citoyen Bienvenu père et mère inconnus, inscrit sur le registre matricule de St-Denis sous le numéro 2396 s’est présenté et après avoir été reconnu par nous, il a reçu les noms et prénoms de Walcomme Bienvenu. St-Denis le 1er Décembre 1848. Le délégué Ozoux.” L’inscription précise aussi que c’est un homme (“M”) et qu’il est né en 1805. Les esclaves étaient inscrits sur un registre de matricules tenu par les communes. Bienvenu était le numéro 2396.

Registre spécial Ozoux, EDEPOT2/381, Archives Départementales de la Réunion.

Ce n’est bien évidemment pas l’esclave qui choisissait son patronyme, mais plutôt le délégué à l’enregistrement. Si le nom de Walcomme pour un homme prénommé Bienvenu peut prêter à sourire, il est clair que certains patronymes ont été attribués avec l’intention de ridiculiser l’esclave. J’en parlerais probablement dans un autre article.

Comment reconnaître des anciens esclaves affranchis à l’abolition ?

Un nom de famille “sortant de l’ordinaire” peut être l’indication d’une personne affranchie en 1848. Les délégués à l’enregistrement ont dû inventé beaucoup de noms. Mais c’est le plus souvent dans les actes de mariage que l’on reconnaît des anciens esclaves affranchis lors de l’abolition en 1848. Dans l’impossibilité de présenter un acte de naissance, ils devaient présenter un extrait de ces registres spéciaux.

Ci-dessous un extrait de l’acte de mariage de mes arrière-arrière-arrière grand-parents Faustin DEMOSTHENES (1845-1904) et Elisa BRUNIQUET (1851-1908). Faustin DEMOSTHENES présente un extrait des registres spéciaux de la commune de St-Leu (Registre Bernold Prudent n.1242). Cela signifie qu’il a été affranchi à St-Leu, il était donc l’esclave d’un propriétaire domicilié à St-Leu.

Mariage Faustin DEMOSTHENES x Elisa BRUNIQUET 1886 St-Denis (Archives Nationales d’Outre-Mer)

Les sources consultables

Les Archives Départementales de la Réunion (ADR) ont mis en ligne les 37 registres spéciaux qui leur sont parvenus: Registres spéciaux d’affranchissements.

Pierrette et Bernard NOURRIGAT ont réalisé des relevés d’affranchissements (toutes périodes). Ces relevés sont consultables en salle de lecture aux Archives Départementales de la Réunion ou auprès du Cercle Généalogique de Bourbon.

Identifier le propriétaire de nos ancêtres esclaves

Pour aller plus loin, il faut identifier le propriétaire des anciens esclaves, et consulter les feuilles de recensement correspondantes. Pour cela les travaux de l’anthropologue et historien Gilles Gérard et son site La Famille Esclave à Bourbon sont incontournables.

Gilles GERARD a travaillé sur les recensements disponibles aux ADR, et a croisé ces données avec les actes d’état civil d’après 1848 et les relevés d’affranchissements de Pierrette et Bernard NOURRIGAT.  Ce travail continue et il a la gentillesse de mettre son travail en libre accès. J’expliquerai dans les prochains articles comment j’utilise ses données dans ma recherche sur mes esclaves affranchis.

Non-dit ou ignorance?

Malgré les 50 ans d’efforts de mon père pour collecter auprès des plus anciens les histoires de notre famille, la tradition orale ne m’a apporté aucune information sur mes ancêtres libérés lors de l’abolition. Tout ce que je sais, je l’ai appris de mon père et donc de documents d’archives.

Je n’ai pas encore assez lu sur le sujet mais je pense que le “non-dit” s’est peut-être installé.  L’on était pas fier de ses origines esclaves. Enfant, mon père avait entendu dire dans la famille que nous avions des ancêtres grecs par son arrière grand-mère Uranie DEMOSTHENES. Comment expliquer une telle croyance? Mon arrière grand-père né en 1900, 52 ans après l’abolition, ne savait-il pas que 2 de ses 4 grands-parents et 6 de ses 8 arrières grands-parents étaient nés en esclavage?  Mon père a une fois demandé à sa mère si elle savait qu’elle avait des ancêtres esclaves ou si on lui en avait parlé. Sa réponse fut négative: “Non. Bin mon enfant, na pwin d’koi et’ fier” (Mon enfant, il n’y a pas de quoi être fier).

Que ce soit le non-dit ou l’ignorance, cela s’est heureusement arrêté à mon père qui n’a jamais cessé de me parler de mes ancêtres esclaves. En 2004 dans un article pour le bulletin du Cercle Généalogique de Bourbon, il écrivait: “J’ai entrepris une recherche systématique de ces ancêtres soit nés en esclavage à Bourbon, soit emmenés de leurs terres natales sur notre île, et ai décidé de les nommer et les ramener à la mémoire de tous“. Le témoin est passé, je continue son travail.

Antoine BAVIER, un Grison à Bourbon, 3eme partie

Antoine BAVIER, un Grison à Bourbon, 3eme partie

Ce billet est le dernier de la série sur Antoine BAVIER, un Suisse originaire des Grisons, arrivé à l’île Bourbon (La Réunion) vers 1730. Dans les deux premiers articles (ici et ici), je parle de son arrivée à Bourbon, son établissement au quartier de Saint-Pierre, ses démêlés avec la justice et enfin de son mariage et sa descendance. Je vais maintenant évoquer mes recherches en Suisse pour mieux comprendre ses origines.

Baptême d’Antoine BAVIER, une recherche pleine de rebondissements

Quand je me suis installé en Suisse, mon père m’avait rappelé que mon aïeule Geneviève CADET (1713-1770) avait épousé un Suisse nommé Antoine BAVIER (ou de BAVIERE). Je n’y avais pas repensé jusqu’à ce que le nom BAVIER apparaisse dans la généalogie de ma femme. L’un de ses 5 x arrières grands-oncles avait épousé à Coire (Chur en allemand)  une certaine Fida BAVIER.

BAVIER, … Coire,  …  et si Antoine et Fida étaient de la même famille !  J’essayai donc de trouver le baptême d’Antoine de Bavière dans les registres paroissiaux de la ville de Coire dont il était natif selon le Dictionnaire Généalogique des Familles de l’Île Bourbon (La Réunion) 1665-1810. La recherche fut vaine et j’avais fini par abandonner l’idée de trouver cet acte.

Mais la généalogie est parfois pleine de rebondissements. Quelques mois plus tard je suis devenu membre de l’association de généalogie et d’héraldique du canton de Berne (Genealogisch-Heraldische Gesellschaft Bern) car une partie de ma belle famille est originaire de ce canton. Dans le “package” de bienvenue, il y avait un CD contenant une liste des patronymes étudiés par d’autres généalogistes amateurs ainsi que le moyen de contacter ces généalogistes. C’est ainsi que j’ai découvert qu’un généalogiste, Peter Kessel, avait étudié les RIETMAN de Bischofszell (canton Thurgovie). Dans l’acte d’abjuration d’Antoine BAVIER, sa mère Marie Salomée RIETMAN, était dite native de Bischofszell.

Vieux Pont sur la Thur, village de Bischofszell (Alte Thurbücke Bischofszell – Source Wikimedia Commons)

Peter Kessel m’a très gentiment envoyé un fichier gedcom contenant les informations relatives à la famille BAVIER – RIETMANN qu’il avait pu récoltées au cours de ses recherches dans les registres paroissiaux de Bischofszell. C’est ainsi que j’appris qu’Antoine BAVIER fut baptisé le 1er Janvier 1705 à Bischofszell dans le canton de Thurgovie et non pas à Coire.

Baptême et Recensements de Bichofszell

Par chance, les recherches sur la famille de ma femme, m’emmenaient aussi aux Archives Cantonales de Thurgovie (Staatsarchiv Thurgau). J’ai pu photographier l’inscription du baptême dans les registres microfilmés de l’église évangélique réformée de Bischofszell.

Baptême de Anthoni BAVIERE, 1705, Pfarrbuch Bischofszell, Staatsarchiv Thurgau

L’acte se lit comme suit:

  • tout à gauche la date “Januarius 1“,
  • le nom des parents “Eltern”  –  “Herr Capitain-Lieuthenant Anthoni Bavier v. Chur” (Anthoni Bavier von Chur, il a la bourgeoisie de Coire), “Fr. Maria Salome Rietman
  • le prénom de l’enfant – “Anthoni
  • les parrains et marraines (“Taufzeugen”)

Antoine BAVIER se prénommait donc Anthoni. Je m’attendais plutôt à une version romanche du prénom comme Antieni ou Tön.

Antoine BAVIER n’aura pas beaucoup connu son père puisque deux mois après sa naissance, le 8 Mars 1705, est enregistré le décès le 21 Février 1705 à Gand (Flandres) du  capitaine-lieutenant Anthoni Bavier. Pourtant, il suivra les traces de son père puisqu’il partira lui aussi pour le service étranger.

J’ai consulté les recensements de Bischofszell de 1710 et de 1721 aux Archives Cantonales de Zurich (Staatsarchiv Zürich).

Le recensement de 1710 nous apprend que Maria Salome Rietman, 44 ans, est veuve (“vidua“), a 4 enfants: Hans Jakob BRAUN (d’un premier mariage), Georg Andreas 11 ans, Maria Ursula 9 ans et Anthoni (notre Antoine) 5 1/2 ans.

Recensement de Bischofszell 1710, Foyer de Maria Salome Rietman, Marktgasse (Source Staatsarchiv Zürich)

Le recensement de 1721 nous apprend que Maria Salome RIETMAN habite au n.28 de la Marktgasse (ruelle du marché), elle a 55 ans et veuve du Capitaine-Lieutenant Anthoni BAVIER. Son fils Georg Andreas, âgé de 22 ans est à Lyon (“ist zu Lyon”). Antoine BAVIER âgé de 16 ans 3/4 est à Bâle (“ist zu Basel“)

Recensement de Bischofszell 1721, Foyer de Maria Salome Rietmann, 28 Marktgasse (Source: Staatsarchiv Zürich)

Un document fascinant

C’est finalement aux Archives Cantonales des Grisons que j’allais trouver un document fascinant, publié en 1892 à Lausanne, qui explique les origines de la famille Bavier.  Il est intitulé Stamm-Tabelle der Adeligen Familie von Bavier aus Chur in Hohenrhaetien, que l’on peut traduire par “Table généalogique des familles nobles von Bavier de Coire”. La page de garde précise que cette table est établie à partir d’anciens arbres généalogiques, des papiers de famille, de chroniques, d’actes et de tombeaux de Eduard von Bavier en 1843. Le document a été enrichi par la Généalogie de la famille von Bavier écrit par Anton Sprecher von Bernegg en 1857. Le document a été transmis par le neveu de l’auteur des tables, Eduard von Bavier  consul général de la couronne danoise à Yokohama, commandant de l’ordre de Danebord.

(Source: Staatsarchiv Graubünden, Chur, IV 25 e2)

Selon ce document la famille se dit originaire de Bologne. Elle s’est établie à Coire au 16ème siècle. Elle aura donné de nombreux bourgmestres (Bürgermeister) de Coire, un président de la Confédération et de nombreux officiers au services étrangers.

Le document précise au sujet d’Antoine Bavier qu’il s’est installé à l’île  Bourbon et qu’il y a acquis de grandes richesses, s’est marié avec Geneviève CADET (mon aïeule). Les deux enfants sont nommés: Georg Anton dont on précise qu’il fut un très riche propriétairelà-bas et sa soeur Antonia-Euphrosina dont la fortune fut perdue après sa mort en 1789 pendant la Révolution. Le document précise enfin que la lignée est éteinte.

Comment l’auteur de ce document, Eduard von Bavier, qui a vécu en Suisse, pouvait-il savoir en 1892 qu’Antoine BAVIER s’était établi à l’île Bourbon, y avait fait souche, y était décédé 150 ans plus tôt et que sa lignée s’était éteinte ?  Les BAVIER de l’île Bourbon seraient-ils restés en contact avec leur famille en Suisse et des traces de ces contacts auraient-elles encore été présentes dans les papiers de famille ?  Dans les actes qu’il a signés, Antoine BAVIER signait BAVIER. Dans les actes concernant la génération suivante, ces derniers se faisaient plutôt appeler De Bavière. Etaient-ils en contact avec des branches de la famille en Suisse qui eux portaient le nom “Von Bavier”?  Mystère ! Je trouve cela fascinant.

BILAN 

Si Antoine BAVIER aura parcouru plus de 10 000 kilomètres de la Thurgovie jusqu’à l’Océan Indien, il m’aura fallu tout autant de kilomètres entre la Suisse et la Réunion pour reconstituer son histoire. Cette recherche m’aura amené aux Archives Cantonales des Grisons et de Thurgovie en Suisse, aux Archives Départementales de la Réunion. J’ai fait appel à l’entraide généalogique: merci à Jean-Claude Odon et à Peter Kessel. Et il faudra parcourir encore quelques centaines de kilomètres pour reconstituer son parcours militaire au service de la France et de la Compagnie des Indes. Cette recherche a été jusque là une belle aventure, et elle n’est pas finie.

Monique Pereira, origine indienne confirmée par test ADN

Monique Pereira, origine indienne confirmée par test ADN

Dans l’article précédent je vous parlais de Monique Pereira, mon ancêtre connue la plus lointaine en suivant la lignée matrilinéaire (la mère de la mère de la mère … de ma mère). Au recensement de 1708 elle se dit originaire de Daman en Inde où elle serait née vers 1655. Elle était ce qu’on appelle une indo-portugaise ou portugaise des Indes: née d’un père portugais, ce qui explique son nom, et d’une mère indienne. Je me demandais si l’analyse de mon ADN mitochondrial “confirmerait” cette origine indienne.

ADN Mitochondrial 

L’ADN mitochondrial (ADNmt en français ou mtDNA en anglais) est le matériel génétique contenu dans les mitochondries de nos cellules. Il est transmis de façon intacte de la mère à l’enfant. J’ai donc hérité mon ADN mitochondrial de ma mère, qui l’a hérité de ma grand-mère maternelle et ainsi de suite. Mon ADN mitochondrial est identique à celui de Monique Pereira.

J’ai donc fait tester mon ADN mitochondrial pour en déterminer l’haplogroupe.  Un haplogroupe peut être considéré un groupe d’humains ayant un ancêtre commun en lignée matrilinéaire (ADN mitochondrial) ou en lignée patrilinéaire (ADN du chromosome Y).
Haplogroupe M6a1a

J’ai récemment reçu le résultat de ce test.  L’haplogroupe assigné à mon ADN mitochondrial est M6a1a. L’haplogroupe M est généralement associé à l’Eurasie.

La population porteuse de l’haplogroupe M aurait migré de l’Afrique vers l’Inde en passant par la péninsule arabique pour finir en Australie.

Carte des migrations ADN mitochondrial. (Source: FTDNA)

Répartition de l’haplogroupe M et du sous-groupe M6

La recherche d’informations plus précises sur le sous-groupe M6 me ramène à des articles de génétique des populations que je vais me contenter de citer. Mes connaissances sur le sujet ne me permettent pas de commenter ces articles. XD

Selon Wikipedia1, on rencontre le sous-groupe M6 en Asie du Sud, avec une concentration élevée dans la partie centre-est de l’Inde et au Kashmir. Cet article cite une étude réalisée en 2004qui précise que le sous-groupe M6 fait partie des haplogroupes spécifiques à l’Inde et qu’on le trouve principalement dans la vallée de l’Indus et sur les côtes ouest de la baie du Bengale.

Je me plais à imaginer que mes ancêtres appartenaient peut-être à l’une des plus anciennes civilisations connues, la civilisation de la vallée de l’Indus. 🙂

Civilisation de l’Indus 2600-1900 av. J.-C. (Source: Wikipedia)

Conclusion

L’analyse de mon ADN mitochondrial corrobore donc l’origine indienne de mon ascendance matrilinéaire. Mais en science rien n’est définitif. De nouvelles découvertes ou de nouvelles études peuvent remettre en question ce que l’on croit savoir. Il en va de même en généalogie, les liens de parenté lointaine ne sont que provisoires,  jusqu’à ce qu’une nouvelle information vienne remettre en question ce que l’on croyait savoir.

Sources

(1) Contributeurs Wikipedia, “Haplogroup M (mtDNA),” Wikipedia, The Free Encyclopedia, https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Haplogroup_M_(mtDNA)&oldid=777762623 (accédé le 11 Mai 2017).

(2) Metspalu, M; Kivisild, T; Metspalu, E; Parik, J; Hudjashov, G; Kaldma, K; Serk, P; Karmin, M; Behar, DM; Gilbert, M Thomas P; Endicott, Phillip; Mastana, Sarabjit; Papiha, Surinder S; Skorecki, Karl; Torroni, Antonio; Villems, Richard; et al. (2004). “Most of the extant mtDNA boundaries in South and Southwest Asia were likely shaped during the initial settlement of Eurasia by anatomically modern humans”. BMC genetics.

Monique Pereira, des Indes Portugaises à l’île Bourbon

Monique Pereira, des Indes Portugaises à l’île Bourbon

Nous sommes à l’île Bourbon (ancien nom de l’île de la Réunion) en Novembre 1678 . La colonie est encore toute jeune, le peuplement n’ayant commencé qu’en 1665. L’île n’a pas vu de navires de la Compagnie des Indes depuis longtemps. Les colons n’ont pas le droit de commercer avec les navires forbans qui s’arrêtent à Bourbon. La colonie manque de tout, d’outils pour travailler la terre et le bois, de toile pour faire du linge, de poterie et de fer (1),  mais surtout de femmes.

C’est dans ce contexte difficile que le Rossignol arrive de Surate, premier comptoir français établi en Inde. A son bord se trouvent quatorze femmes indo-portugaises. Ce navire armé à Lorient étant passé dans l’île en Juillet 1676 (2), on peut penser que le capitaine (ou la Compagnie) était au courant de la situation à Bourbon. Ainsi ces femmes avaient probablement été choisies en vue d’êtres mariées aux colons célibataires de Bourbon.  Elles étaient catholiques et parlaient portugais, langue probablement comprise par certains dans l’île. Parmi elles, Monique Pereira (ou Pereire), mon ancêtre connue la plus lointaine quand je remonte mon ascendance matrilinéaire.

Surate et Daman sur une carte réduite de l’Indostan, 1775, par D’Après de Mannevillette (4). (Source: Site Mémoire des Hommes)

Origines indiennes et portugaises. 

Monique Pereira est originaire de Daman (Damão en portugais) comptoir portugais depuis 1559 situé au Sud de Surate. Elle est née vers 1665 très probablement d’un père portugais qui lui aura donné son nom et d’une mère indienne.

Elle serait donc âgée de 14 ans quand elle épouse vers 1679 Louis Caron dit “La Pie”, un breton ancien soldat de Madagascar. Ils habiteront à Saint-Paul dans une case située tout près de l’étang.

Emplacement n.61, veuve Louis Caron. Plan de Saint-Paul réalisé par Champion. (Source: Cercle Généalogique de Bourbon, www.cgb-reunion.re)

De ce mariage naîtront 12 enfants entre 1680 et 1700. Monique sera mère à 15 ans, grand-mère à 33 ans et arrière grand-mère à 55 ans.

C’est le recensement de 1708 St-Paul (3) qui apporte le plus d’informations sur la situation du couple:

  • Louis Caron,  de Bretagne, 57 ans
  • Monique Perera (sic), de Daman, 40 ans
  • 6 enfants: François 19 ans, Pierre 15 ans, Jacques 13 ans, Michel 8 ans, Marie Anne 17 ans, Jeanne 11 ans, tous de Mascarin (nom donné à l’île de la Réunion)
  • 4 esclaves
  • Terres: un emplacement et une caze (sic) au Vieux St Paul près de l’étang
  • Bestiaux: 7 boeufs, 13 cochons, 150 cabris, 4 chevaux, divers vollailles (sic)
  • Récoltes (en livres): 1000 de blé, 200 de riz, 200 de tabacq (sic), divers légumes

Monique Pereira meurt le 4 Août 1727 à Saint-Paul.

Le portrait de Boucher

Antoine Boucher, ancien garde-magasin et gouverneur de la colonie, dresse un portrait peu flatteur de Monique  Pereira et ses filles dans son Mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’Isle Bourbon. Ce mémoire fut écrit en 1710, à la demande d’un directeur de la Compagnie. Antoine Boucher était déjà de retour en France.  (4)

Loüis CARON

Est un bas Breton, âgé de 68 ans, Insigne, et mauvais yvrogne, qui ne soule jamais qu’il ne fasse un tapage enragé, mais avec cela bon chrétien, bien obeissant, fort laborieux, et qui, hors le vin est très honnête homme, quoyque sans Education, il est un de ces anciens de Madagascar ou il a servy de soldat ; Je ne luiy connois point d’autre métier ; il a pour épouse Monique Perera Indienne, glorieuse comme le sont toutes celles de ce paÿs la, quoyque sans sçavoir faire, et sans aucune Education, toute vieille meme qu’elle est elle ne laisse pas de faire parler encor d’Elle ; mais les blancs n’en voulant plus, elle est obligée de se donner aux Noirs, encor à ceux qui en veulent bien, elle a deux grandes filles qui suivent exactement ses traces, et qui n’ont aucunes bonnes Educations non plus que 4 grands garçons, avec lesquels, et 3 noirs et une negresse led. Loüis Caron cultive toutes ses terres, qui luy produisent de quoy vivre fort à son aise, toutes celles qu’il possede, sont dans les bas, et point du tout a la montagne, il éleve ses bestiaux au lieu même, ou il demeure au vieux St Paul, lesquels sont 10 boeufs, 20 cochons, 200 cabris et 5 chevaux, pour de l’argent comptant, je ne luy crois pas plus de 100 Ecus, il ne laisse pas de faire profit de ses chevaux les loüant a ceux qui en ont besoin, 30S par jour.

Le père Jean Barassin qui a ressorti ce mémoire de l’oubli, précise au sujet d’Antoine Boucher: “Ambitieux, imbu de son personnage et satisfait de sa réussite inattendue, il n’avait pas été sans heurter quelques colons, qui, de leur côté, n’avaient que dédain pour ce jeune parvenu, autoritaire et volontiers méprisant. Certains jugements de cet homme passionné portent la trace de ses rancoeurs, de ses antipathies personnelles“.

Lignée matrilinéaire et SOSA.

Voici ma lignée matrilinéaire commençant à mon arrière-arrière grand-mère KERBIDI. Sur cette lignée, Monique Pereira est mon ancêtre à la 13ème génération. Mais elle est aussi mon ancêtre aux 11ème, 12ème et 14ème générations. Comme je l’expliquais en introduction, les colons étant en petit nombre au tout début du peuplement et l’île étant assez isolée, les mariages consanguins étaient inévitables.

Je descends de trois de leurs enfants :

  1. Monique CARON (1683-1729) qui aura 3 enfants avec Claude RUELLE, originaire de Saint-Rémy en Haute-Saône, arrivé sur un vaisseau forban et exerçait le métier de maquignon.  Ils auront 3 enfants.
  2. Angélique CARON (1687-1752) qui aura 5 enfants d’André CHAMAN flibustier originaire de Saint-Malo.  C’est la lignée matrilinéaire.
  3. François CARON (~1689-1751) qui s’installera ensuite à Sainte-Suzanne et y aura 13 enfants avec Anne DANGO (ANGO) fille de Joseph DANGO dit Laverdure originaire de Surate.  On trouve aujourd’hui encore dans la commune de Sainte-Suzanne les chemins Commune Ango et commune Caron.

Les quartiers de Commune Carron et Commune Ango (commune de Sainte-Suzanne). Mappy.fr

Peut-on aller plus loin ?

J’ai peu d’espoir d’en apprendre plus sur les origines de Monique Pereira. Il faudrait chercher s’il existe encore des registres paroissiaux qui auraient été tenus par les Portugais à Daman. Monique Pereira étant mon ancêtre matrilinéaire, elle m’a transmise une partie identifiable de son ADN, l’ADN mitochondrial.  Je n’ai pas encore bien étudié la question, mais il est possible que l’analyse de mon ADN mitochondrial donne un Haplogroupe bien caractéristique de l’Inde. Ce qui serait un élément supplémentaire indiquant qu’elle serait née d’une mère indienne.

Notes

Cet article était une contribution au généathème de Mars 2017 intitulé “Des migrations et des femmes” qui nous propose de parler des migrations de nos ancêtres ou de mettre à l’honneur une femme de notre généalogie ou de remonter notre lignée matrilinéaire.

Sources

(1) M. I. Guët, Les Origines de l’île Bourbon, 1885, L. Baudoin Paris. Aux Pages 129 et 130, Lettre à Colbert des 19 habitants de Saint-Paul. Accessible sur Gallica BNF: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57815035/f132.item.r=1678

(2) Jean-Claude Félix Fontaine, Deux siècles et demi de l’histoire d’une famille Réunionnaise 1665-1915, L’Harmattan, 2001, Premier Tome, page 113. Collection personnelle. Selon l’auteur, le Vautour et le Rossignol, partis de Port-Louis (Morbihan) le 10 Février 1676, avaient fait escale à Saint-Denis du 3 au 21 Juillet de la même année.

(3) Archives Départementales de la Réunion, C° 767 (Fonds de la Compagnie des Indes).

(4) Jean Barassin, Mémoire pour servir à la connoissance particuliere de chacun des habitans de l’isle Bourbon d’Antoine Boucher, Association des Chercheurs de l’Océan Indien et Institut d’Histoire des Pays d’Outre-Mer, 1978, Imprimerie de l’Univeristé de Provence.  Pages 168 et 169. Collection personnelle.