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Monique Pereira, origine indienne confirmée par test ADN

Monique Pereira, origine indienne confirmée par test ADN

Dans l’article précédent je vous parlais de Monique Pereira, mon ancêtre connue la plus lointaine en suivant la lignée matrilinéaire (la mère de la mère de la mère … de ma mère). Au recensement de 1708 elle se dit originaire de Daman en Inde où elle serait née vers 1655. Elle était ce qu’on appelle une indo-portugaise ou portugaise des Indes: née d’un père portugais, ce qui explique son nom, et d’une mère indienne. Je me demandais si l’analyse de mon ADN mitochondrial “confirmerait” cette origine indienne.

ADN Mitochondrial 

L’ADN mitochondrial (ADNmt en français ou mtDNA en anglais) est le matériel génétique contenu dans les mitochondries de nos cellules. Il est transmis de façon intacte de la mère à l’enfant. J’ai donc hérité mon ADN mitochondrial de ma mère, qui l’a hérité de ma grand-mère maternelle et ainsi de suite. Mon ADN mitochondrial est identique à celui de Monique Pereira.

J’ai donc fait tester mon ADN mitochondrial pour en déterminer l’haplogroupe.  Un haplogroupe peut être considéré un groupe d’humains ayant un ancêtre commun en lignée matrilinéaire (ADN mitochondrial) ou en lignée patrilinéaire (ADN du chromosome Y).
Haplogroupe M6a1a

J’ai récemment reçu le résultat de ce test.  L’haplogroupe assigné à mon ADN mitochondrial est M6a1a. L’haplogroupe M est généralement associé à l’Eurasie.

La population porteuse de l’haplogroupe M aurait migré de l’Afrique vers l’Inde en passant par la péninsule arabique pour finir en Australie.

Carte des migrations ADN mitochondrial

Répartition de l’haplogroupe M et du sous-groupe M6

La recherche d’informations plus précises sur le sous-groupe M6 me ramène à des articles de génétique des populations que je vais me contenter de citer. Mes connaissances sur le sujet ne me permettent pas de commenter ces articles. XD

Selon Wikipedia1, on rencontre le sous-groupe M6 en Asie du Sud, avec une concentration élevée dans la partie centre-est de l’Inde et au Kashmir. Cet article cite une étude réalisée en 2004qui précise que le sous-groupe M6 fait partie des haplogroupes spécifiques à l’Inde et qu’on le trouve principalement dans la vallée de l’Indus et sur les côtes ouest de la baie du Bengale.

Je me plais à imaginer que mes ancêtres appartenaient peut-être à l’une des plus anciennes civilisations connues, la civilisation de la vallée de l’Indus. 🙂

Civilisation de l’Indus 2600-1900 av. J.-C. (Source: Wikipedia)

Conclusion

L’analyse de mon ADN mitochondrial corrobore donc l’origine indienne de mon ascendance matrilinéaire. Mais en science rien n’est définitif. De nouvelles découvertes ou de nouvelles études peuvent remettre en question ce que l’on croit savoir. Il en va de même en généalogie, les liens de parenté lointaine ne sont que provisoires,  jusqu’à ce qu’une nouvelle information vienne remettre en question ce que l’on croyait savoir.

Sources

(1) Contributeurs Wikipedia, “Haplogroup M (mtDNA),” Wikipedia, The Free Encyclopedia, https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Haplogroup_M_(mtDNA)&oldid=777762623 (accédé le 11 Mai 2017).

(2) Metspalu, M; Kivisild, T; Metspalu, E; Parik, J; Hudjashov, G; Kaldma, K; Serk, P; Karmin, M; Behar, DM; Gilbert, M Thomas P; Endicott, Phillip; Mastana, Sarabjit; Papiha, Surinder S; Skorecki, Karl; Torroni, Antonio; Villems, Richard; et al. (2004). “Most of the extant mtDNA boundaries in South and Southwest Asia were likely shaped during the initial settlement of Eurasia by anatomically modern humans”. BMC genetics.

Monique Pereira, des Indes Portugaises à l’île Bourbon

Monique Pereira, des Indes Portugaises à l’île Bourbon

Nous sommes à l’île Bourbon (ancien nom de l’île de la Réunion) en Novembre 1678 . La colonie est encore toute jeune, le peuplement n’ayant commencé qu’en 1665. L’île n’a pas vu de navires de la Compagnie des Indes depuis longtemps. Les colons n’ont pas le droit de commercer avec les navires forbans qui s’arrêtent à Bourbon. La colonie manque de tout, d’outils pour travailler la terre et le bois, de toile pour faire du linge, de poterie et de fer (1),  mais surtout de femmes.

C’est dans ce contexte difficile que le Rossignol arrive de Surate, premier comptoir français établi en Inde. A son bord se trouvent quatorze femmes indo-portugaises. Ce navire armé à Lorient étant passé dans l’île en Juillet 1676 (2), on peut penser que le capitaine (ou la Compagnie) était au courant de la situation à Bourbon. Ainsi ces femmes avaient probablement été choisies en vue d’êtres mariées aux colons célibataires de Bourbon.  Elles étaient catholiques et parlaient portugais, langue probablement comprise par certains dans l’île. Parmi elles, Monique Pereira (ou Pereire), mon ancêtre connue la plus lointaine quand je remonte mon ascendance matrilinéaire.

Daman-Surate-Gujrat

Surate et Daman sur une carte réduite de l’Indostan, 1775, par D’Après de Mannevillette (4). (Source: Site Mémoire des Hommes)

Origines indiennes et portugaises. 

Monique Pereira est originaire de Daman (Damão en portugais) comptoir portugais depuis 1559 situé au Sud de Surate. Elle est née vers 1665 très probablement d’un père portugais qui lui aura donné son nom et d’une mère indienne.

Elle serait donc âgée de 14 ans quand elle épouse vers 1679 Louis Caron dit “La Pie”, un breton ancien soldat de Madagascar. Ils habiteront à Saint-Paul dans une case située tout près de l’étang.

Carte_CHAMPION_Saint_Paul

Emplacement n.61, veuve Louis Caron. Plan de Saint-Paul réalisé par Champion. (Source: Cercle Généalogique de Bourbon, www.cgb-reunion.re)

De ce mariage naîtront 12 enfants entre 1680 et 1700. Monique sera mère à 15 ans, grand-mère à 33 ans et arrière grand-mère à 55 ans.

C’est le recensement de 1708 St-Paul (3) qui apporte le plus d’informations sur la situation du couple:

  • Louis Caron,  de Bretagne, 57 ans
  • Monique Perera (sic), de Daman, 40 ans
  • 6 enfants: François 19 ans, Pierre 15 ans, Jacques 13 ans, Michel 8 ans, Marie Anne 17 ans, Jeanne 11 ans, tous de Mascarin (nom donné à l’île de la Réunion)
  • 4 esclaves
  • Terres: un emplacement et une caze (sic) au Vieux St Paul près de l’étang
  • Bestiaux: 7 boeufs, 13 cochons, 150 cabris, 4 chevaux, divers vollailles (sic)
  • Récoltes (en livres): 1000 de blé, 200 de riz, 200 de tabacq (sic), divers légumes

Monique Pereira meurt le 4 Août 1727 à Saint-Paul.

Le portrait de Boucher

Antoine Boucher, ancien garde-magasin et gouverneur de la colonie, dresse un portrait peu flatteur de Monique  Pereira et ses filles dans son Mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’Isle Bourbon. Ce mémoire fut écrit en 1710, à la demande d’un directeur de la Compagnie. Antoine Boucher était déjà de retour en France.  (4)

Loüis CARON

Est un bas Breton, âgé de 68 ans, Insigne, et mauvais yvrogne, qui ne soule jamais qu’il ne fasse un tapage enragé, mais avec cela bon chrétien, bien obeissant, fort laborieux, et qui, hors le vin est très honnête homme, quoyque sans Education, il est un de ces anciens de Madagascar ou il a servy de soldat ; Je ne luiy connois point d’autre métier ; il a pour épouse Monique Perera Indienne, glorieuse comme le sont toutes celles de ce paÿs la, quoyque sans sçavoir faire, et sans aucune Education, toute vieille meme qu’elle est elle ne laisse pas de faire parler encor d’Elle ; mais les blancs n’en voulant plus, elle est obligée de se donner aux Noirs, encor à ceux qui en veulent bien, elle a deux grandes filles qui suivent exactement ses traces, et qui n’ont aucunes bonnes Educations non plus que 4 grands garçons, avec lesquels, et 3 noirs et une negresse led. Loüis Caron cultive toutes ses terres, qui luy produisent de quoy vivre fort à son aise, toutes celles qu’il possede, sont dans les bas, et point du tout a la montagne, il éleve ses bestiaux au lieu même, ou il demeure au vieux St Paul, lesquels sont 10 boeufs, 20 cochons, 200 cabris et 5 chevaux, pour de l’argent comptant, je ne luy crois pas plus de 100 Ecus, il ne laisse pas de faire profit de ses chevaux les loüant a ceux qui en ont besoin, 30S par jour.

Le père Jean Barassin qui a ressorti ce mémoire de l’oubli, précise au sujet d’Antoine Boucher: “Ambitieux, imbu de son personnage et satisfait de sa réussite inattendue, il n’avait pas été sans heurter quelques colons, qui, de leur côté, n’avaient que dédain pour ce jeune parvenu, autoritaire et volontiers méprisant. Certains jugements de cet homme passionné portent la trace de ses rancoeurs, de ses antipathies personnelles“.

Lignée matrilinéaire et SOSA.

Lignee-Matrilineaire

Voici ma lignée matrilinéaire commençant à mon arrière-arrière grand-mère KERBIDI. Sur cette lignée, Monique Pereira est mon ancêtre à la 13ème génération. Mais elle est aussi mon ancêtre aux 11ème, 12ème et 14ème générations. Comme je l’expliquais en introduction, les colons étant en petit nombre au tout début du peuplement et l’île étant assez isolée, les mariages consanguins étaient inévitables.

Je descends de trois de leurs enfants :

  1. Monique CARON (1683-1729) qui aura 3 enfants avec Claude RUELLE, originaire de Saint-Rémy en Haute-Saône, arrivé sur un vaisseau forban et exerçait le métier de maquignon.  Ils auront 3 enfants.
  2. Angélique CARON (1687-1752) qui aura 5 enfants d’André CHAMAN flibustier originaire de Saint-Malo.  C’est la lignée matrilinéaire.
  3. François CARON (~1689-1751) qui s’installera ensuite à Sainte-Suzanne et y aura 13 enfants avec Anne DANGO (ANGO) fille de Joseph DANGO dit Laverdure originaire de Surate.  On trouve aujourd’hui encore dans la commune de Sainte-Suzanne les chemins Commune Ango et commune Caron.
Mappy_Commune_Carron

Les quartiers de Commune Carron et Commune Ango (commune de Sainte-Suzanne). Mappy.fr

Peut-on aller plus loin ?

J’ai peu d’espoir d’en apprendre plus sur les origines de Monique Pereira. Il faudrait chercher s’il existe encore des registres paroissiaux qui auraient été tenus par les Portugais à Daman. Monique Pereira étant mon ancêtre matrilinéaire, elle m’a transmise une partie identifiable de son ADN, l’ADN mitochondrial.  Je n’ai pas encore bien étudié la question, mais il est possible que l’analyse de mon ADN mitochondrial donne un Haplogroupe bien caractéristique de l’Inde. Ce qui serait un élément supplémentaire indiquant qu’elle serait née d’une mère indienne.

Notes

Cet article était une contribution au généathème de Mars 2017 intitulé “Des migrations et des femmes” qui nous propose de parler des migrations de nos ancêtres ou de mettre à l’honneur une femme de notre généalogie ou de remonter notre lignée matrilinéaire.

Sources

(1) M. I. Guët, Les Origines de l’île Bourbon, 1885, L. Baudoin Paris. Aux Pages 129 et 130, Lettre à Colbert des 19 habitants de Saint-Paul. Accessible sur Gallica BNF: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57815035/f132.item.r=1678

(2) Jean-Claude Félix Fontaine, Deux siècles et demi de l’histoire d’une famille Réunionnaise 1665-1915, L’Harmattan, 2001, Premier Tome, page 113. Collection personnelle. Selon l’auteur, le Vautour et le Rossignol, partis de Port-Louis (Morbihan) le 10 Février 1676, avaient fait escale à Saint-Denis du 3 au 21 Juillet de la même année.

(3) Archives Départementales de la Réunion, C° 767 (Fonds de la Compagnie des Indes).

(4) Jean Barassin, Mémoire pour servir à la connoissance particuliere de chacun des habitans de l’isle Bourbon d’Antoine Boucher, Association des Chercheurs de l’Océan Indien et Institut d’Histoire des Pays d’Outre-Mer, 1978, Imprimerie de l’Univeristé de Provence.  Pages 168 et 169. Collection personnelle.